Le dormant d’Ephèse de Xavier Accart

Ce roman nous narre l’histoire d’un jeune breton pris dans des échauffourées lors des protestations émises contre les lois anti-congrégations du gouvernement Combes en 1903. Nous le suivrons toute sa vie, depuis ce moment de bascule jusqu’après la seconde guerre mondiale et la bataille de Bir Hakeim. L’écriture est élégante et précise, claire (à deux ou trois préciosités près) et fluide. Il n’y a pas de détails inutiles et le récit avance sur un rythme rapide et vif. Les sentiments qui le traversent sont ceux du catholicisme français des années 20 à 50 dans ce qu’il a de meilleur et il m’a fait penser – entre autres – au Voyage du Centurion de Psichari. Il y a une homologie entre le style du français, décidément celui de ces années, et la nature des émotions religieuses et des valeurs qui animent le mouvement intérieur des personnages. J’avoue que j’aimais passionnément ce style lorsque j’avais 17 ans et, qu’aujourd’hui encore, il me touche profondément et évoque une spiritualité avec laquelle j’ai des consonances familiales et personnelles à la fois (la façon dont l’auteur a su transposer des recherches universitaires sur l’atmosphère spirituelle des années 20 et 30 en roman est exemplaire car le livre n’est en rien ennuyeux et pourtant très bien documenté): l’auteur s’y cache dans la formule d’un des héros rêvant d’écrire « un roman qui aurait célébré les noces de l’espace et du temps » (191). Le temps passant cependant, je suis davantage sensible au voyage dans le temps que fait faire le roman et je m’interroge sur la façon dont il peut toucher des jeunes, même très croyants, aujourd’hui. Cependant je dois dire que la fin est plus ‘moderne’ et ouvre un espace au lecteur qui déduira selon son cœur, ce qui est plus contemporain comme procédé. J’attends avec impatience la réaction de lecteurs plus jeunes mais, pour ma part, j’ai certainement beaucoup aimé!

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