Un film de Chloé Zhao avec Paul Mescal et Jessie Buckley. Il s’agit de l’adaptation du roman du même nom de Maggie O’Farrell (https://www.marcrastoin.fr/hamnet-de-maggie-ofarrell/). Nous suivons de près le couple formé de William Shakespeare et sa femme Agnès (Anne historiquement) et de leurs trois enfants, Suzanne, Hamnet et Judith. Le film, co-écrit par Maggie O’Farrell elle-même tire sa force des thèmes humains universels au centre du récit: un amour fort et absolu entre deux marginaux (tous deux misfits à leur manière), l’amour parental (la στοργή des Grecs), la gémellité (je donnerai ma vie pour toi) et le deuil. Cela donne une résonnance émotive puissante avec une puissante catharsis à la fin. Jessie Buckley est excellente et mérite son Oscar. Maintenant, ce qui est un peu pénible et discutable est ce parti-pris néopaïen et antichrétien assumé de Maggie. Les mots de Christ, Dieu ou église sont volontairement gommés avec la seule mention de l’église suscitant une réaction violente de Agnès (et la scène du mariage coupée très vite avec une Agnès dos à l’autel est signifiante). On est dans un monde chtonien (l’arbre, la terre), naturaliste, profondément vitaliste et marqué par une foi dans le destin (la divination par les mains) mais, en même temps, démuni face à la mort et exprimant le désespoir typique du monde païen face à la mort. C’est un un choix métaphysique légitime – le néopaganisme est très en vogue dans l’Europe nordique de l’Irlande à la Scandinavie – mais il n’a vraiment rien à voir avec Shakespeare ou son oeuvre et encore moins sa femme. Il y a du Philip Pullman chez Maggie O’Farrell. C’est son droit mais cette perspective très idéologique pèse sur le film.