Juif de la zone de résidence, Yakov Blumkine est un personnage de légende, bien réel mais de légende quand même. Célèbre pour avoir assassiné Mirbach, l’ambassadeur d’Allemagne à Moscou en 1918 pour le compte des SR (les Socialistes Révolutionnaires alliés aux Bolcheviks), il eut un nombre incroyable d’activités entre 1917 et 1928. Il y a très longtemps, Christian Salmon avait entrepris d’écrire sur lui avant de renoncer. Mais il retrouve sa malle consacrée à l’affaire et écrit enfin son livre. C’est un livre bariolé changeant de style, tantôt journalistique, tantôt historien, tantôt à la façon d’un écrivain yiddish à la Isaac Babel. On est perdu, on se demande ce qui est inventé et ce qui est vrai et c’est exactement ce que veut l’auteur, parce que c’est en partie ce que l’on disait de son vivant sur Blumkin. C’est picaresque et profondément historique à sa façon: l’ébullition des milieux socialistes de la fin du régime tsariste, et en particulier la soif de justice et de liberté des juifs de ce temps, est très bien rendu.