First Reformed

Un film de Paul Schrader avec Ethan Hawke et Amanda Seyfried. Disons-le d’emblée: j’ai été très marqué par ce film. Non pas tant par sa son style épuré, austère, à la Bresson que par son thème: comment un homme de foi vit au plus profond de sa chair le drame d’une l’humanité lancée dans une course folle à la destruction de la planète et, par le fait même, à l’autodestruction. Paul Schrader, mythique scénariste de Taxi Driver, avait écrit un livre programme en 1972: Transcendental Style in Film: Ozu, Bresson, Dreyer. Il veut ici se montrer leur digne successeur. Et j’estime qu’il y parvient. Un prêtre ou un pasteur peut incarner un humain qui vit au plus profond les drames d’une époque, que ceux-ci soit séculiers ou spirituels (ou les deux à la fois comme ici). Scharder a choisi pour son scénario deux immenses références: Bergman et Bresson. Ingmar Bergman réalise en 1963 l’un de ses plus grand films, Les Communiants en se centrant sur le personnage d’un pasteur luthérien tourmenté dans sa foi tout comme l’était, dans une atmosphère catholique, le prêtre célèbre du Journal d’un curé de campagne (Robert Bresson, 1951), adaptation du roman homonyme de Georges Bernanos. Comme le prêtre de Bernanos, le révérend Toller est un homme de foi (qui lit T. Merton) malade d’un cancer, écrit un journal et vit une effrayante solitude. Chez Bergman, le mari d’un jeune couple de paysans suédois est obsédé par la menace nucléaire et sa femme ne sait comment l’en délivrer. Schrader remplace, fort à propos, la menace existentielle des bombes atomiques par la gravité de la crise écologique que vit la planète du fait de l’action humaine. Ce pasteur, ancien aumônier militaire, a perdu son fils en Irak et vit une solitude profonde. La rencontre avec le couple de jeunes militants écologistes lui fait prendre peu à peu conscient du mal à venir. La femme enceinte ne sait comment sortir son époux de la dépression qui le mine. Il lutte alors pour faire sortir le mari du désespoir qui l’envahit mais la découverte des compromissions de la Megachurch qui l’héberge avec les grandes entreprises pollueuses l’atteint en profondeur. La question qui l’habite est: «Dieu peut-il nous pardonner ?». C’est-à-dire comment Dieu pourra pardonner à l’humanité d’avoir fait d’une magnifique planète un enfer. Son personnage angoissé, priant et refusant les compromissions, s’oppose au pasteur en chef de la Megachurch, très bien inséré dans la société et très chef d’entreprise. Schrader a beaucoup hésité sur la fin comme il le dit dans des interviews. Celle qu’il a finalement choisie me parait très évangélique et juste. Ce film dit quelque chose de profond sur l’état moral et spirituel de notre planète ou certains milieux occidentaux présentent le fait de mettre un enfant au monde comme un acte ‘criminel’ et où certains milieux dits « évangéliques » sont en collusion idéologique – et donc complices – avec les mêmes milieux industriels qui sapent la création de Dieu. Un film exigeant, dérangeant mais nécessaire, puissant et unique.

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