Le testament de Jaffa de Avner Mandelma

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LIVRE – 07/10/2010 – Éditeur : Liana Levi

Bien qu’ayant quelques faiblesses, ce livre est étrangement captivant. Au premier degré, c’est l’enquête d’un ex- Israélien devenu Canadien sur la mort de son père assassiné dans sa boutique de Tel Aviv. Est-ce un cambriolage qui a mal tourné ? Autre chose ? Mais quoi ? Qui pourrait en effet en vouloir à un personnage si insignifiant, héros de 1948 certes, mais pauvre savetier et poète à ses heures perdues ? Au deu­xième degré, c’est une sorte de repor­tage sur les semaines précédant la victoire électorale de Menahem Begin en 1977 et l’atmosphère de fin d’un monde qui marqua la chute de trente ans de pouvoir travailliste. Plus profon­dément, sous des apparences de polar, le projet de l’auteur est de nous replon­ger dans le monde artistique des années 1930, entre Jaffa l’arabe et Tel-Aviv la juive, avant l’année fatidique de 1936, « quand l’histoire commença ». Il montre la fascination réciproque entre deux cultures, deux poésies, deux mythologies messianisantes, deux nationalismes alors en genèse gémel­laire. Il se demande si une paix de com­promis n’a pas été alors possible et s’interroge implicitement sur la possi­bilité de lui redonner aujourd’hui une chance. Les personnages s’injurient beaucoup en arabe comme en hébreu et, si la haine affleure souvent, c’est une haine où se glisse un amour fait de res­pect et de fascination mutuelle. L’auteur partage avec le héros le fait d’être un ancien des forces spéciales et d’avoir vécu des événements traumati­sants durant la guerre de 1967. Il crie le malaise terrible qui l’a conduit à quit­ter Israël, cet « endroit de merde », par refus d’une realpolitik de la force et des assassinats ciblés, ce « faire le dreck » (faire le sale boulot) qu’il ne supporte plus. Mais, dans le même temps, il chante l’amour fou, vis-à-vis d’une femme qu’il ne peut oublier, même si elle est à un autre, et vis-à-vis d’une terre dont les parfums le hantent encore même si elle appartient aussi à un autre. Qui l’emportera, in fine, de l’hostilité ou de la passion, au lecteur de le découvrir.
(publié dans la revue Etudes en 2011)

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