Margaux Mulliez est une petite-fille de Gérard Mulliez, le bâtisseur de ce que l’on peut qualifier d’empire Auchan, regroupant aujourd’hui de nombreuses marques. Au premier abord, j’étais un peu sceptique craignant à la fois une dimension un peu trop hagiographique et d’autre part la qualité du style et de l’écriture. Ce n’est pas ce que je lis d’habitude (euphémisme) et je pensais m’ennuyer… Que nenni ! D’abord, c’est très intelligemment bâti avec l’alternance des séances d’interview et les retours sur l’histoire (suite à d’autres entretiens); ensuite, c’est bien écrit ; vivant, enlevé et l’une ou l’autre formule tombe juste. Certes, il y a de l’admiration et l’homme la mérite. Mais le livre n’élude pas les moments difficiles (sur le passage de relais avec Vianney soit l’abandon de la direction générale et la difficulté à passer la main, la lettre au collaborateur après l’esclandre en réunion ; le clair workaholisme aussi, qui a eu son poids sur la vie familiale). En passant, on découvre le personnage fort de l’assistante de direction (et bien plus que cela!) Francine. Le chapitre sur son arrivée est très bien croqué. Le groupe créé, devenu l’AFM, l’association familiale Mulliez, est une vraie originalité qui permettra sans doute au groupe de tenir longtemps. Il y a eu des choix forts assez tôt comme l’ouverture aux femmes (celles de la famille comme celles du groupe). C’est une bonne vision de ce que l’on pourrait appeler la perspective catholique du travail : respect, écoute, justice combinés avec l’efficacité et le refus du statu quo… C’est une belle oeuvre d’hommage honnête et très bien documenté.