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Goliath

Un film de Frédéric Tellier avec Gilles Lellouche, Emmanuelle Bercot, Pierre Niney, Laurent Stocker, Hélène Seuzaret (éblouissante), Marie Gillain. En France, aujourd’hui, un pesticide a créé des cancers et des malformations, l’industrie savait mais a caché les résultats sur la dangerosité du produit. Alors une association de malades contacte un avocat fatigué (qui est un peu comme les détectives de polars noirs: séparé, solitaire, vaguement alcoolique, désabusé mais tenace et au fond honnête) tandis que la firme fait travailler un avocat lobbyiste brillant (magnifiquement joué par Pierre Niney) pour prêt à tout pour les discréditer. Inspiré de l’affaire du glyphosate, le film est une charge forte contre les grands groupes chimiques qui ont, comme les marchands de cigarettes, nié les effets néfastes de leurs produits au nom du business. Les acteurs sont bons, le rythme maintenu, la cause juste. On regrettera un peu le politiquement correct tout azimut du scénario (était-il vraiment indispensable (pour ne prendre qu’un exemple) que le couple d’agriculteurs soit un couple de lesbiennes? Même si le fait est intégré au scénario et permet une magnifique réplique de P. Niney…) et j’aurais aimé que le couple de Mathias (Niney) soit un peu plus développé. Une chose intéressante mis en valeur par le scénariste est la thématique de la ‘foi’. Quoique de façon très laïc, il pose la question de comment croire (en l’humanité, en un progrès possible, en un autre monde, en l’amour). L’avocat parle de sa vie aux ‘méchants’: « alors j’ai perdu la foi… mais j’ai euh, comme de… de l’espérance » (une réplique qui aurait plu au Benoit XVI de Spe Salvi sur le lien consubstantiel entre foi et espérance); la dernière réplique de Emmanuelle: ‘oui j’y crois » ou encore la dernière phrase que l’on entend dans le générique de fin qui finit en reprenant Sensation de Rimbaud mais en l’arrêtant au mot ‘âme’:

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme » …). Alors oui cela manque un peu de nuances mais c’est un film puissant (quoique militant), un Dark Waters à la française (en moins fin)…

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