Jésus de Christian Petitfils

Dans Jésus, l’historien Jean-Christian Petitfils livre le fruit d’un sérieux travail de recherche (près de cent-cinquante pages de notes). On pourrait dire qu’il s’agit d’une version française de l’enquête de John-P. Meier, en un seul volume. L’auteur fait montre d’un sens historique sûr et donne une grande place aux fouilles archéologiques, même si parfois il accorde trop de certitude à des hypothèses plus ou moins probables. Il consacre une annexe importante aux reliques comme le Saint Suaire. Tout en lui concédant que le dossier n’est pas clos et que le débat scientifique mérite d’être poursuivi, il me semble néanmoins que ce dossier est annexe tant la mort du Christ sur la Croix n’est pas un point sérieusement mis en discussion. On ne peut dire que le « verdict de la science » sur ces reliques soit « essentiel dans l’approche du Jésus historique ». Elles contribuent, peut-être, à confirmer l’enracinement de l’événement christique dans l’histoire mais ne sont pas déterminantes pour en dire la portée religieuse. Par ailleurs, dans la relecture des gestes et des paroles de Jésus, toutes les phrases sont mises sur le même plan et considérées comme transmettant exactement les paroles même de Jésus. Le souci de soutenir l’authenticité à tout prix amène ainsi à des postulats peu crédibles. Pour ne prendre qu’un exemple, l’épisode de Jésus au Temple dans l’Évangile de Saint Luc remonterait à « un texte très ancien, un présynoptique d’origine hébraïque, conservé sans doute dans la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem ». Ainsi l’analyse textuelle des péricopes évangéliques est-elle trop littéraliste et le souci de soutenir l’historicité au sens documentaire de tous les épisodes évangéliques (avec une préférence forte accordée à Jean) affaiblit ses conclusions. On ne peut plus dire aujourd’hui que « le disciple bien aimé a pris en note » les discours de Jésus dans l’Évangile de Saint Jean. Cependant, sur le contexte historique et spirituel du temps, sur les données chronologiques et archéologiques, Jean-Christian Petitfils est précis et bien informé.
On ne peut que se réjouir que la personne de Jésus fascine toujours, tant le christianisme repose sur une personne concrète située dans un moment précis de l’histoire. On se réjouira encore que des auteurs sérieux cherchent à publier en français des ouvrages à la fois informés et accessibles sur cette figure qui est à l’origine de la foi chrétienne. Cependant, le lecteur avisé saura prendre la mesure des limites des approches grand public et se reporter aux ouvrages des spécialistes. Sur le fond, il saura n’absolutiser aucun auteur. Fut-ce John P. Meier ! Le travail sera repris à chaque génération. C’est nécessaire et c’est heureux.

Recension parue dans la revue Etudes en 2011

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