Un film écrit et réalisé par Paolo Sorrentino avec Toni Servillo (immense comme toujours), Anna Ferzetti (excellente), Massimo Venturiello, Milvia Marigliano. Grand juriste d’origine méridionale, catholique, veuf depuis huit ans, Mariano De Santis est en train d’achever son mandat présidentiel en Italie (sept ans!). Encore inconsolable de la perte de sa femme, il se laisse dorloter par sa fille, juriste également, et qui a tout sacrifié pour rester aux côtés de ce père aimé. Mais sa vie a plutôt l’allure d’une dépression rampante que sa foi, assez rituelle – comme toute sa vie – n’arrive pas à briser. Et voilà qu’il doit décider de signer, ou pas, un projet de loi sur l’euthanasie, et d’accorder, ou pas, deux grâces présidentielles à deux personnes, un homme et une femme, condamnées pour homicide et qui ont chacune, assassiné (mais est-ce le terme?) leur conjoint. Comme chacun le sait, j’exècre en général l’esthétisme vain et l’athéisme décadent de Sorrentino. Pourtant, dans ce film, intelligemment écrit à mes yeux, toujours bien filmé (mais sans ses excès baroques habituels, si ce n’est quelques plans toujours un tantinet trop étirés), Sorrentino m’a touché. D’abord, parce qu’il y a un grand amour conjugal au centre – et c’est toujours émouvant -; ensuite parce qu’il traite de questions humaines essentielles: la solitude, la vieillesse et ses pièges, la paternité, la jalousie. Nous avons un pape africain (petit clin d’oeil par sa modernité à The Young Pope), plutôt original et qui sait écouter, un astronaute qui pleure et une lumineuse ambassadrice de Lituanie. L’humour n’est pas absent. C’est aussi un hommage au meilleur de l’Italie: la tradition juridique fine héritée de Rome, le chant des Alpini (moment patriotique sans mépris), la Scala. Ici pas de cynisme ni de déconsidération de la foi mais une méditation quasi métaphysique sur notre humanité commune: amour et fidélité, maladie et vieillesse, foi et doute, intellect détaché face à la nécessaire sensibilité. « Di chi sono i nostri giorni? » (A qui appartiennent nos jours?) est la question choisie. On peut l’entendre de manière très solipsiste (à moi) ou au contraire de manière communautarienne (à nos proches et à ceux qui nous aiment). Mais voilà un film dense, humain, bien réalisé et qui ne nous parle, au fond, que d’une seule chose: l’amour. Merci Paolo.