La poursuite de l’idéal de Patrice Jean

Cyrille, un jeune homme de milieu modeste, rêve depuis toujours d’être poète: la rencontre, ‘par hasard’, en classe de terminale avec un jeune ‘de bonne famille’, Ambroise d’Héricourt qui, devenu son ami, lui fait rencontrer sa sœur qui devient son idéal féminin mais elle paraît si inaccessible… Nous allons suivre ‘notre héros’ pendant une quinzaine d’année dans sa vie estudiantine (un peu), amicale (pas mal), professionnelle (en grande partie) et amoureuse (beaucoup). Le héros est à la fois agaçant et touchant, veule et idéaliste, bien de son temps et complètement à côté. Le roman d’initiation permet à l’auteur de brosser un portrait acéré de notre société, dénonçant avec verve les lieux communs de la culture bienpensante tout comme la médiocrité de certains pseudo-intellectuels. C’est bien écrit (« La réussite révèle, par les railleries ou le silence, le peu d’affection des fragiles amitiés » sonne tout aussi juste que « Il deviendrait le héraut du silence, le porte-parole des choses muettes, le veilleur de la vie intérieure. De toute façon, le reste n’existe pas » ou « Il n’y a que les enfants pour croire à la marche rationnelle du monde, à l’intelligence des adultes »), de façon classique et même parfois volontairement désuète et souvent drôle. L’ouvrage a contre lui d’avoir un héros velléitaire (ce dont l’auteur lui-même confesse le côté pénible: « Cyrille ne savait pas où il allait, il était profondément irrésolu, c’est un trait de caractère qui m’embête un peu. Un héros ne doit-il pas croire en lui-même ? Être habité par une volonté en bois brut ? » !) et pas très original et d’être un peu long (surtout sur la fin) mais certains paragraphes sont d’une justesse tellement confondante (sur l’amour, sur notre société, sur le conformisme intellectuel parisien) que l’ensemble m’a plu. Lucie, la jeune catholique, est extrêmement attachante et l’auteur parle à l’occasion de la foi d’une manière qui n’est pas méprisante (« tu crois que l’humanité, par ses propres forces, peut se sauver. La grande supériorité du christianisme est d’avoir remis l’homme à sa place, celle du pécheur accroché à la prière pour ne pas sombrer dans le néant ») et qui pointerait même vers une forme d’admiration (même si Ambroise est très agaçant, to say the least!). Inclassable et impertinent, libre et original.

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