Le tailleur de Relizane de Olivia Elkaim

C’est à un travail de mémoire, familiale et personnelle à la fois, que se livre Olivia Elkaim, en nous parlant de ses grands-parents, Viviane et Marcel, et de leur vie dans la ville de Relizane dans l’Oranais (et de celle qui va suivre en ‘Métropole’). C’est un humble tailleur juif et la vie est dure. Ce sont des juifs d’Algérie devenus si fortement français (suite au décret Crémieux de 1870) et le début de l’insurrection les déroute et les plonge dans des dilemmes – et des peurs et des divisions familiales – analogues à ceux des pieds-noirs. Olivia montre comment certains silences (« Avant que je ne le questionne sur son enfance en Algérie, mon père n’en avait jamais parlé à personne, pas même à ma mère avec qui il est marié depuis quarante-cinq ans ») ont pesé jusque sur elle, la petite fille et comment il a fallu lever une lourde chape pour en savoir plus. Mais ce livre est tout autant une libération qu’une mitsva. Il évoque avec des mots d’autant plus forts qu’ils sont simples cette vie qui parait si lointaine (mais que ma mère a connu…). Et ila le mérite, rare, de parler de la vie d’après en France, cet accueil glacial et hostile de la métropole, les caves, les injustices, le mépris des dockers de la CGT (comme si tous les pieds noirs étaient de riches colons) détruisant les malles arrivées à Marseille… Il y a tout de même des sœurs accueillantes à Toulouse: « Bernadette, Thérèse, Laurence, Anne-Cécile… Mon père égrène leurs prénoms sans hésiter. – Elles prenaient soin de nous. Ça nous faisait du bien, après ce qu’on avait traversé. Et puis, elles ne nous ont jamais obligés à assister à une seule messe ». Mon cœur se serre quand elle évoque, via ses grands-parents, et comme le faisait ma mère l’inoubliable luminosité du ciel algérien, « cette lumière éclatante qu’il convoquait la nuit, allongé » ou encore « le sentiment de l’exil ne l’a jamais quitté, un creux au niveau du plexus, une douleur vive qui, parfois seulement, s’estompe » car ma mère avait le même… Même si la deuxième moitié est un peu inaboutie, ou plus chaotique, cela a aussi à voir avec ce qui s’est passé… Un livre touchant et authentique…

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