Les livres de Jakób de Olga Tokarczuk

Il s’agit du livre le plus important de l’un des deux Prix Nobel de littérature 2019. Après des années de recherche, Olga Tokarczuk a choisi de s’emparer du personnage de Jakób Frank, un hérétique juif, un homme charismatique et pervers à la fois qui marqua la Pologne du 18ème siècle. L’idée de partir du personnage romanesque à souhait de Jakób Frank était sur le papier séduisante et l’auteure est attentive à montrer la variété de peuples et de langues dans la ‘Pologne’ du 18ème siècle (l’ouest de l’Ukraine actuelle souvent). Cependant il y a un côté répétitif dans le résumé des conversations frankistes et de la spiritualité sabbatéenne qui la sous-tend; elle donne ainsi une image très misérabiliste et déprimante des shtetls: certes, la vie y était dure, la misère omniprésente mais il y a une sorte de complaisance, je trouve, à décrire ainsi le difforme, le laid, le sectaire. De plus, aucun personnage n’incarne un judaïsme talmudique « normal » (sauf des personnages secondaires sans épaisseur) et c’est long, très long, la construction romanesque, de type picaresque et impressionniste à la fois, trop éclatée. Je n’ai pas ressenti une vraie estime du judaïsme (et du fait religieux en général: le prêtre et l’évêque servent de contrepoints ridicules et comiques de façon presque trop facile, même si, sans suspense, le seul prêtre intelligent est l’inquisiteur jésuite, qui n’a pas grand mérite pourtant à voir dans le double jeu de Frank), mais une sorte de récupération, certainement intelligente et bien documentée, d’un milieu juif hétérodoxe pour bâtir un « grand » roman. Mais son insensibilité au religieux en général et au mystique en particulier rend sa tentative involontairement méprisante et spirituellement vaine. Le souci de tout dire, au début et à la fin notamment, et qui traduit un travail documentaire remarquable, finit par aller contre la logique romanesque et ajoute au minimum 300 pages qui auraient pu être coupées… Historiquement intéressant, surtout pour qui ne connaîtrait pas l’histoire du mouvent sabbatéen et frankiste, mais littérairement boursouflé.

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