Un film de Xavier Giannoli avec Jean Dujardin, August Diehl et Nastya Golubeva. Ce film, historique et dramatique, suit le destin du journaliste français Jean Luchaire (1901-1946) qui glissa peu à peu (et sans vraiment résister) sur la pente de la collaboration avec l’Allemagne nazie, aidé en cela par sa vieille amitié avec le professeur de dessin allemand Otto Abetz, francophone et lettré, devenu l’ambassadeur du Reich à Paris (et poussé surtout par ses furieux besoins d’argent), et celui de sa fille Corinne devenue actrice juste avant la guerre. Bien qu’un peu long, le film est énergique et rythmé, porté par tois acteurs remarquables, notamment August Diehl et Nastya Golubeva (qui a même la diction de l’époque) sans oublier Dujardin qui n’en fait pas trop (et qui ferait maintenant un excellent Chirac dans un biopic sur ce dernier si jamais les producteurs en avaient l’idée). On les suit de l’immédiat avant guerre avec le pacifisme franco-allemand (avec le compréhensible mais vain slogan ‘plus jamais ça’) jusqu’à la ménagerie de Sigmaringen. C’est peut-être dur de dire cela mais j’avoue que je me suis reconnu dans la plaidoirie du procureur en 1946. Luchaire est un jouisseur, sans principes moraux et la relation à sa fille est malsaine. Corinne ne réussira pas à s’en détacher mais cela seul l’aurait – peut-être – sauvée. La mère disparait très vite du paysage et semble absente de la vie de sa fille (il y avait d’autres enfants mais ils n’apparaissent pas; cela fait partie des nombreux petits ‘changements’ effectués par les scénaristes pour centrer l’histoire) laquelle n’a, au fond, pas été élevée: Livrée en permanence à elle-même, elle peut tout faire (drogue, amants, etc.) sans qu’il y ait aucune réaction du père (qui, parfois, l’invite à ‘faire attention’ mais sa propre vie est un démenti à ses avertissements). On souffre pour sa fille Brigitte et l’on est touché par la dimension paternelle, faite d’estime et de respect, dont témoigne envers elle le (trop peu connu) réalisateur Léonid Moguy, un des rares hommes bons de ce récit implacable de descente aux enfers.