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Prison Break

Une série (Fox) de Paul Scheuring avec Wentworth Miller et Dominic Purcell (2005). Son frère ayant été condamné à mort pour meurtre, Michael Scofield réussit à se faire enfermer dans le même pénitencier en vue de le faire évader. Les péripéties s’enchaînent et six acolytes se joignent à eux. Très bien faites les deux premières saisons notamment sont remarquables (et forment un tout) avant qu’inévitablement le niveau baisse et les répétitions augmentent. En outre, le schéma de la rédemption – un frère innocent descend au milieu des pêcheurs pour sauver son frère – et quelques autres au passage – est très fort. Il y a également une remarquable scène de confession dans un épisode (2,11). Une des séries qui ont lancé l’ère des séries de qualité.

Voilà ce que j’en disais aux Terminales de Franklin en 2008: « La soif de fraternité (La solidarité des frères face au mensonge) : Prison Break. Cette série fit sensation lors de sa sortie (2005 USA, 2006 France). Comme souvent, c’est la première saison qui fut la meilleure la plus crue et la plus originale. Pour sauver son frère emprisonné injustement, Michael Scofield est prêt à tous les risques et à tous les sacrifices. Même quand les événements tournent mal il ne se décourage jamais. Comme l’on remarqué les critiques la série est saturée de références catholiques. Scofield porte le nom d’un archange. Dès le premier épisode la série est placée sous un signe évangélique puisque dans la chapelle le prêtre dit aux deux frères les paroles des femmes au tombeau dans Lc 24 : « Rappelez-vous : “Il faut que le Fils de l’Homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que le troisième jour il ressuscite.” Et elles se souvinrent de ces paroles. — Vous aussi, commente l’aumônier de la prison, vous devez vous en souvenir » Que ce soit parole d’ange n’est pas indifférent : le héros, Michaël, porte le nom du chef des milices angéliques, et son tatouage représente, sur le torse, un démon terrassant un ange et, sur le dos, saint Michel terrassant le dragon…

« Il ne se passe pas un épisode sans qu’intervienne une citation biblique ou un symbole chrétien : Livre de Job, Psaume L’Éternel est mon berger, tête de diable qu’on démolit, chapelet servant à faire sortir Burrows du cachot, crucifix qui s’offre en gage d’amour, point oméga du plan signifié par un Christ dans une rose, cœur immaculé de Marie sur un mur, croix de baptême utilisée pour couper l’électricité, etc. Détournements pittoresques ? On le croirait si les personnages n’étaient saisis à un moment ou à un autre par le repentir, à commencer par «Pope», le directeur de la prison. [C’est par exemple une apparition de la Sainte Face dans une tache d’humidité qui produit l’étrange conversion de John Abruzzi, parrain de la mafia]. Ou bien c’est un vieux veuf mexicain qui déclare [à Sucre] au fugitif portoricain cherchant à rejoindre sa «Maricruz» : « Encuentra tu muchacha… y despues encuentra la gracia de Dios » (Trouve ta femme, mais trouve après  la grâce de Dieu) [S 2, 17]

            Scofield ébranlé par ce qu’il sait que les autres évadés des criminels dont l’un est un psychopathe pervers prend conscience de ce qu’il a mis en œuvre pas ses actes. « Dans l’épisode 11 de la 2ème saison, Michaël pleure pour la première fois, et c’est dans un confessionnal. Il n’a pas tué ni voulu faire le mal, mais en s’efforçant de libérer son frère, il est la cause occasionnelle de nombreux crimes : «°Bénissez-moi, mon Père, parce que j’ai péché… Il ne s’agit pas seulement de ce que j’ai fait, mais de ce que les autres ont fait … parce que je les ai laissés faire… parce que je faisais ce que je croyais juste… [Nous avons tous notre croix à porter]°»

Michael: Bless me, Father, for I have sinned.

Priest: How long has it been since your last confession?

Michael: This is my first time…in a long time.

Priest: And what are the nature of your sins?

Michael: The nature? I’m not really sure.

Priest: Deep down inside your heart you know.

Michael: Righteousness, maybe. Believing the ends justify the means.

Priest: And what are those ends?

Michael: Saving someone’s life.

Priest: And the means?

Michael: I’ve broken just about every law you can name. But it’s not just what I’ve done. It’s what others have donebecause I let them. Because I was doing what I thought was right. I should have known better this time.

Priest: This time?

Michael: When I was a kid…I watched a man bleed out and die. And I was glad. Because he deserved it.

Priest: Life is only for God to give and take, my son.

Michael: Suddenly, there was this dark space inside of me. And I knew it was wrong. But here I am.

Priest: There is a way to stop this. Surrender your will to God.

Michael: If I surrender now, I lose everything I love.

Priest: But do you lose your soul in the process?

Il y a aussi une scène de quasi confession dans DH, lorsque Gabrielle parle au Père Crowley, près du lit de la mère de Carlos, dans la S 1 ,8:

Michael: Well, we all have our crosses to bear” (S 2, 11 Bolshoi Booze)Le Père CROWLEY, tentant un dernier effort, se levant presque de son fauteuil. – Gabrielle ! (à l’interpellation, pleine d’autorité mais aussi de douceur, la jeune femme qui est sur le pas de la porte, se retourne). Nous sommes tous responsables de nos choix ici-bas (Gabrielle regarde, angoissée, en direction de sa belle-mère : la culpabilité vis-à-vis de son accident dont elle est indirectement responsable la tenaille de nouveau). Ne voulez-vous pas être une bonne personne ? GABRIELLE, les bras croisés, l’air buté du petit enfant pris en faute. – Ce que je veux, c’est être heureuse, moi, rien de plus. Le Père CROWLEY, un rien paternaliste. – Ça, c’est la réponse d’une enfant égoïste. GABRIELLE, à voix basse, comme se parlant à elle-même. – Je sais ! (répétant, un ton plus bas, les yeux encore plus baissés) Je sais ! »

 À chaque fois Scofield affirme envers et contre tout sa « foi » (« Il ne me reste rien d’autre », dit-il) : la vérité finira par se faire jour. Si le bien et le mal sont ici nettement tranchés, les bons et les méchants ne subissent toutefois pas le niais partage d’une cloison étanche. ‘Le thème général de la série est la rédemption’, avoue Paul T. Scheuring, son principal scénariste. Mais, par-delà le retournement de nombreux personnages, le mystère de la Rédemption s’y manifeste surtout par l’allégorie de son argument central, spécialement sur deux points :

De même que le Verbe s’est fait chair pour sauver les pécheurs, l’innocent Scofield descend aux enfers de la prison pour délivrer son frère, mais aussi pour rendre témoignage à la véritable justice. Cette analogie est d’autant plus forte que cette descente et cette délivrance n’impliquent non seulement l’intelligence de l’ingénieur, mais d’abord sa chair : c’est dans sa chair couverte de dessins sombres, portant symboliquement le péché du monde, que se cache le plan du salut.

De même que la Nativité occasionne le massacre des innocents, l’effort de Scofield pour faire le bien provoque le déchaînement du mal. Ainsi se pose de manière radicale le paradoxe de la justice : elle nous arrache à notre confort et, plus que l’injustice, comme le rappelle Péguy, elle apporte le glaive, et non la paix. De là cette tentation dont parle le héros : ‘Appuyer sur la détente’, et il précise aussitôt : ‘Mais alors on perd son âme, et on perd tout’… » (F. Hadjadj)

Même si l’intensité baisse dans les saisons suivantes, touchées en prime par la grève des scénaristes, la série repose sur cette lutte de la justice contre l’injustice. Elle dévoile la solidarité qui peut lier des êtres : les deux frères bien sûr mais aussi l’amitié entre Scofield et Sucre. Elle pose la question de la violence et du mal de façon profonde. Lutter contre le mal a un coût, personnel et collectif et il n’est pas possible de le mesurer à l’avance. Et pourtant il faut le faire…

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