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The Son

Un film de Florian Zeller avec Hugh Jackman, Laura Dern, Zen McGrath, Vanessa Kirby, Anthony Hopkins. Pour la deuxième fois, après The Father, Florian Zeller adapte une de ses pièces au cinéma. Dans un huis clos magistral, nous tremblons pour le sort du jeune Nicholas 17 ans. Celui-ci est en proie à la dépression mais Zeller se garde de chercher à expliquer celle-ci par une causalité unique tant cette maladie est mystérieuse et constitue une forme de défi à la modernité triomphante et rationnelle (incarnée par le père). Assoiffé de sens, aimant la littérature, ce jeune garçon ne se sent à l’aise, ni dans le monde superficiel des fêtes de ses camarades de classe, ni dans le monde d’argent (et de rêve politique vain) qui dévore le temps de son père. Pour ma part, il me fait penser au poète italien Daniele Mencarelli lorsque celui-ci décrit sa jeunesse dans Tutto chiede salvezza: ce qu’il cherche au fond, c’est le sens de la vie, c’est une aspiration métaphysique qui l’habite et il est confronté à une absence totale de sens du côté de ses parents.  Le deuxième thème est évidemment celui de l’impact de la séparation de ses parents et du fait que son père a refait sa vie avec une jeune femme et a un bébé. Il n’a pas de haine envers ce dernier ou envers sa mère mais il dit à son père que celui-ci ne peut faire comme s’il ne l’avait pas fait souffrir (cf. le dialogue autour des scarifications: ‘en lui faisant du mal, c’est à moi aussi que tu as fait du mal’): le père le bouscule alors en lui hurlant le crédo de la modernité contemporaine: « j’ai le droit de réinventer ma vie!!! » Lui-même est hanté par les souffrances vécues adolescent, alors que son père, homme froid et cynique, le laissait seul avec sa mère mourante. Il y a un moment très fort quand il réalise qu’il dit à son fils, peu ou prou, ce que lui disait son père au même âge et qu’il détestait. Mais le propre d’un grand film est de transcender ‘les thèmes qu’il aborde’ et, au fond, au-delà de la dépression, du divorce ou des impuissances terribles de la parentalité, c’est d’humanité que nous parle Zeller. Une humanité qui a soif de sens tout autant que de tendresse. Une humanité qui vit de relations et que la solitude tue. Magnifiquement interprété, efficacement écrit, ce film nous secoue sans nous désoler, nous fait réfléchir sans nous asséner des réponses. Un grand film.

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