Un film de Fabien Gorgeart avec Laure Calamy (excellente), Vincent Macaigne, Mélanie Thierry, Céleste Brunnquell, Lyes Salem. Il y a vingt ans, un couple s’est marié, a eu une fille et s’est vite séparé. Ils étaient (relativement) jeunes et un peu fous mais certainement amoureux et libres aussi. Vingt ans plus tard donc, Marguerite a refait sa vie avec Sofiane et ils éduquent (non sans mal 😉 ) une fille de quinze ans et forment un couple uni. Son ex, Frédéric, la retrouve pour lui demander un ‘petit’ service: accepter de l’aider dans la procédure de nullité du mariage religieux catholique car Chloé, sa nouvelle compagne très catholique, désire profondément se marier à l’église. Je craignais un peu un traitement scabreux de ce thème et une moquerie de bas étage. Il n’en est rien. Le film est bon enfant et feel good: ni les deux prêtres ni la foi de Chloé ne sont moqués. Il traite au fond de la complexité des sentiments et du fait que certains liens ont laissé des traces profondes. La fin est même émouvante et, pour avoir déjà assisté à des mariages où les nouvelles compagnes sont bien acceptées par les enfants, j’en certifie la crédibilité. Je ne connais rien aux procédures de nullité et, s’il y a clairement eu de la documentation sur la partie diocésaine en France, le passage romain est fort peu vraisemblable. En passant, nous vivons le quotidien d’une famille ordinaire sans religion (où, par exemple, les parents de l’ado de quinze ans luttent, en vain, pour que son copain ne passe pas la nuit dans sa chambre dans leur maison! (ce qui me paraît, mais je suis d’une autre génération, surréaliste)). Certes, dans une société où le divorce est banalisé et les familles recomposées nombreuses, la procédure catholique (et son langage) apparaissent totalement désuets. Ils ont, heureusement, choisi de jouer sur le côté décalé de ce monde et langage catho plutôt que sur un humour de dérision. Cependant, je pense que je partagerais l’opinion de nombreux spectateurs en estimant que la déclaration de nullité n’est pas vraiment adaptée pour de nombreux cas (dont celui du film: il y a eu un enfant et si, certes, les mariés étaient assez jeunes, aucun argument sérieux ne me paraît avoir été invoqué qui établirait clairement un manque important sur l’un des quatre piliers du mariage). Certes aux USA, pays de plus de 60% des nullités au monde, on annule à tout va mais cela affaiblit d’autant le sérieux de l’engagement et décrédibilise la procédure elle-même. Il me semble qu’avancer sur l’accueil généreux des familles recomposées et l’accueil pastoral ouvrant la voie, après un parcours personnalisé, à la vie sacramentelle des membres de ces familles, dans l’esprit de Amoris Laetitia, est un chemin plus digne et humain. Sur ce sujet capital et sensible, difficile de dire en peu de mots les choses mais ce film (un peu long tout de même dans sa deuxième partie) est un bon moyen de discuter de cette réalité et de la façon dont l’Eglise vit – ou pourrait davantage vivre – l’évangile dans les réalités conjugales…
[à noter qu’une scène de totale nudité de Laure Calamy est regrettable: elle montre certes le ‘courage’ de l’actrice de 51 ans mais elle est gratuite et inutile]