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Et le peuple eut soif de Christoph Theobald

Sous-titre: Lettre à celles et ceux qui ne sont pas indifférents à l’avenir de la tradition chrétienne. Dans cette méditation écrite pendant le premier confinement (datée du 31 juillet 2020), le théologien partage ses réflexions sur notre situation présente. Il part du manque, des besoins qui ont été révélés de façon plus aigu pendant cette épreuve collective mais cherche, au-delà de cet événement, à dire avec ses mots ce qu’est la foi chrétienne et ce qu’elle peut mettre en œuvre pour aujourd’hui. il décrit avec concision et justesse notre présent: « notre climat sociétal est très profondément marqué par la crainte d’une crise écologique majeure [déjà engagée en fait] et d’une déflagration mondiale en raison de la faiblesse de nos démocraties, de l’incompétence humaine et technique de certains des gouvernants les plus en vue [Trump était encore au pouvoir] et d’une fragilisation de toutes les régulations mondiales » (26). Que dit essentiellement la tradition biblique? Qu’il y a un combat entre le Bien et le Mal, une bonté originelle et un mal radical, et que ce combat durera autant que le monde. Ce qu’il exprime ainsi: Cette tradition a « le génie, non seulement de maintenir ensemble la bonté radicale du monde qui nous est légué et le mal tapi à la porte de notre maison commune [cf. Gn 4,7, et de nos consciences peut-on ajouter] mais aussi et surtout de donner la priorité absolue au bien; ce qui permet de rouvrir notre horizon et de sauvegarder l’espérance » (36). Dans une section centrale assez développée, C. Theobald déploie sa théologie fondamentale en des termes et catégories qui lui sont familières mais dans une expression qui risque bien de dérouter le lecteur qui ne les connaît pas. Ultime, élémentaire, hospitalité, etc. « L’inévidence de cet acte de ‘foi’ vient surtout du fait que le don de la vie, s’il est perçu comme tel, cache le Donateur qui ne s’impose jamais, en raison même de la gratuité du don, laissant les bénéficiaires s’en saisir – souvent sous forme de « ressources ». La gratitude comme réponse adéquate à la gratuité de la vie est l’aboutissement, ô combien inévident, de l’épreuve à laquelle est soumise toute « foi » élémentaire » (54). On y trouve de très beaux passages sur le mode d’être du chrétien, sur son style (ou ce qui devrait être son style et bien souvent ne l’est pas) propre: « Puisque la joie messianique advient donc toujours par la porte de l’autre, elle implique de la part du chrétien une sorte de délicatesse du cœur ou un sens particulier de ce qui se passe en autrui, souvent difficile à porter par lui, restant même inaccessible » (62). Il y a un bel éloge, de tonalité arendtienne, de la natalité comme miracle permanent et ouverture au nouveau: « chaque naissance représente un nouveau commencement qui, pour l’être qui vient de naître et pour tout son entourage, relance le processus de l’accès à l’intériorité divine » (85). On ne trouvera pas dans cet ouvrage des recettes ou de solution magique au vieillissement, à l’exculturation culturelle et l’archipélisation de la foi chrétienne en Europe, suspectée par des sociétés, qui associent de plus en plus religion et violence ou religion et archaïsme, de vouloir continuer à régenter les vies comme dans les temps anciens, si ce n’est un appel à valoriser l’échelon local, celui de l’action concrète des chrétiens se soutenant par l’eucharistie et par la prière commune. Ce texte, plus dense qu’il n’y paraît, permettra à ceux qui le connaissent pas d’être introduits à la petite musique de la théologie de l’auteur.

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