L’Apparition

Un film de Xavier Giannoli avec Vincent Lindon et Galatea Bellugi. Un journaliste de guerre traumatisé par la mort d’un ami en Syrie est appelé à faire partie d’une commission d’enquête vaticane sur une présumée apparition de la Vierge à une jeune fille dans un village des Alpes françaises. L’idée est intéressante et le début du film, plutôt sur le mode documentaire, maintient les enjeux. Pourtant plus le film avance, plus l’aspect caricatural s’impose jusqu’à une fin totalement invraisemblable, amère et vraiment décevante. La publicité du film mettait en avant l’aspect ouvert de la conclusion et du traitement de la thématique de la foi. Et cela eut été en France un petit ‘miracle’. En réalité, les choix idéologiques de fond sont classiques et prévisibles (on pense aujourd’hui que ‘la religion’ n’est que violence mais il y a des paumés qui y trouvent de la consolation et le désir d’aimer). Ce qui m’a soutenu au début, c’est le thème, risqué et potentiellement riche, mais il faut reconnaître que, cinématographiquement, le film n’est hélas pas très bon: sans rythme, sans cadrage. Mentionnons cependant que la jeune Galatea (quasi-sosie de Simona Halep en passant) est vraiment bien et aurait vraiment mérité une meilleure fin.
NE LIRE CE QUI SUIT QUE SI L’ON A VU LE FILM !
Le film n’est cinématographiquement pas très bon: trop long, avec des scènes soit inutiles (celle du prêtre dans la cellule de la jeune novice, complaisante et invraisemblable (tout de même!) soit trop longues le réalisateur n’a pas voulu déjuger le scénariste… Cela arrive souvent quand c’est le même homme (sauf Woody…). Si des éléments sont trop longs, d’autres ne sont qu’esquissés et c’est dommage, par exemple la commission. On attendrait un face à face plus sérieux avec la psy tout comme les autres prêtres, pas « mauvais » mais là ils sont juste des silhouettes. Il y avait là un potentiel qui n’est pas du tout exploité et laissé en friche et donc non pertinent dans le film.
La fin rend inutile tout le propos d’avant-sortie dans les médias sur la « neutralité » du film qui ne trancherait pas sur la question de la foi. Il fait de la jeune femme une menteuse (on aurait pu tout à fait rester dans le doute, vraiment) qui se perd dans une fuite en avant suicidaire et insensée. Elle fait du prêtre, celui qui n’est pas diabolique (qu’il y ait un prêtre diabolique ne me choque pas plus que cela; c’est dans l’ordre des choses), également un menteur et d’une catégorie beaucoup plus grave. Il est veule et faible alors même qu’il a une estime vraie pour la jeune femme. Passons sur l’aspect complètement invraisemblable de la fin qui ajoute un côté thriller inutile (la photo de la femme assassinée en gros plan pendant plusieurs secondes est en outre d’un voyeurisme et d’une grossièreté insoutenable et là encore totalement inutile pour l’histoire).
Que reste-t-il in fine? On conforte les clichés les plus éculés sur la religion et la foi en général (et ce malgré les beaux gros plans sur le visage des fidèles au lieu de l’apparition, seul beau plan du film pour moi): refuge des paumés et des faibles, opium du peuple, instrument pour que les pervers s’en donnent à cœur joie (‘l’allemand’) et que les coquins s’enrichissent, une illusion finalement mortifère. D’ailleurs, si Dieu via la Vierge avait vraiment voulu communiquer, ils n’auraient pas plus mal choisir leur destinataire. Qui se dérobe et crée la possibilité du mensonge. C’est théologiquement invraisemblable. On ne voit pas comment la rencontre avec une jeune femme qui est une imposture (alors qu’elle ne « mérite » pas de l’être) peut sauver Lindon si ce n’est par le constat que sortir de soi-même et s’intéresser aux autres est toujours bon pour sortir d’une dépression… mais cela n’est pas une affaire de seule foi!
Une bonne idée de départ trahie par l’hubris du scénariste-réalisateur qui, à trop vouloir embrasser, a mal étreint.

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