Entre dix et quatorze ans, la narratrice, l’auteure elle-même, fut unie d’une amitié très profonde, comme elles peuvent l’être à cet âge-là, avec une une certaine Sybil. Si les familles étaient assez différentes, leurs liens, notamment l’amour des livres, paraissaient indestructibles. Pourtant, elles vont dériver, des suites (apparemment) d’un changement d’école, et d’autre chose, un autre chose que Laurence ne saisit pas. Elle va perdre de vue son amie sans jamais l’oublier. Longtemps après, elle apprend sa mort, et puis, encore longtemps après, entreprend d’écrire sur elle, en parlant avec celles qui l’ont connue après elle et aussi avec sa mère. Une réalité qu’elle ne soupçonnait pas change sa perception du temps qui a suivi leur quatorze ans. C’est très humain, très bien écrit, un très bel hommage à cette amie disparue et illustre, une fois de plus la vérité biblique: « Les pères ont mangé des raisins verts, mais ce sont les dents des enfants qui en sont agacées » (Ez 18,2).