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L’obéissance de François Sureau

Nous sommes en 1918: la guerre dure et a déjà créé son lourd cortège de mutilés et de traumatisés et voilà que la Belgique doit exécuter un soldat mais surtout un homme coupable d’un délit de droit commun: et le pays n’a plus de bourreau. Alors on sollicite le bourreau de Paris et l’on obtient l’autorisation de l’Empire allemand pour traverser les lignes. A partir de cette histoire authentique, l’auteur compose une succession de vignettes où alternent les courriers officiels des autorités et les pensées des hommes chargés d’obéir et de mettre en oeuvre une décision venue d’en haut. Il y a le chef de la mission, celui de l’escorte, le bourreau lui-même. C’est l’occasion de décrire, sobrement mais sans esquives, les atrocités des charniers, l’abêtissement des hommes dans cette machine à broyer que sont les tranchées et, plus largement, cette guerre. L’écriture est nerveuse et belle, originale aussi (elle m’a fait une ou deux fois penser à Fred Vargas dans le choix des métaphores étonnantes et c’est un compliment). L’auteur revient sur cette opposition quasi métaphysique (et qui lui est chère) entre les hommes du papier et de l’ordre et les combattants, les légionnaires notamment, ceux de la camaraderie et de la liberté, qui ont perdu toute illusion sur leurs chefs mais maintiendront toujours le front haut et l’honneur intact. Sobre et dense.

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