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Napoléon

Un film de Ridley Scott avec Joaquin Phoenix, Vanessa Kirby, Tahar Rahim, Ben Miles, Ludivine Sagnier. Nul besoin de résumer l’histoire: tous les Français et la moitié du monde la connaît. Elle est tellement riche en éléments et péripéties spectaculaires que des décisions s’imposent. Le réalisateur a promis une version longue (sur Apple-TV) plus complète. Mais les choix faits ici se défendent tout à fait. Napoléon est, avant tout, un artilleur remarquable, un stratège génial et un excellent législateur mais le dernier aspect (Code civil, écoles, etc.) n’est pas très photogénique. On aura ici le général, génial, courageux, proche de ses hommes et également l’homme qui aima vraiment Joséphine, à sa façon maladroite et fruste. Au début, j’étais sceptique sur ce choix de narration mais elle n’est pas sans mérites: elle humanise sincèrement un homme qui pouvait être colérique mais qui n’était pas cruel. Certes, ce n’était pas un homme à femmes ou un romantique mais son amour pour Joséphine me semble historiquement avéré et bien rendu. Le seul vrai problème ici est l’âge de Phoenix: il n’a l’âge qu’à la toute fin, tant il est paraît trop vieux pendant l’essentiel du film (Joséphine étant en réalité plus vieille que lui; Vanessa Kirby est très bien dans le rôle notamment parce qu’elle n’est pas très jolie, ce qui la rend plus crédible), d’où un aspect un peu sombre, crépusculaire, pour le personnage. La décision fondamentale de construire la narration autour des moments d’intimité a le mérite de rendre l’homme plus attachant mais court le risque, fort, de faire des scènes de bataille des sortes d’interludes. Certains passages sont très réussis (Austerlitz, la marche d’Antibes, l’entretien de Tilsit avec Alexandre, la scène avec les midships anglais), d’autres moins (Waterloo me paraît n’importe quoi si j’en crois ma mémoire de la bataille: les carrés étaient ceux de la Garde Impériale; l’Egypte ne laisse pas de traces et on ne comprend pas bien le pourquoi de cette expédition) mais c’est sans doute impossible de tout réussir avec un tel homme et un tel destin. On pourra regretter l’effacement de la figure des Maréchaux mais Talleyrand est là. J’ai pu lire que la vision du film était ‘pro-anglaise’. Franchement, cela ne m’a pas particulièrement frappé: son patriotisme français est bien montré (l’embrassade de la plage d’Antibes, ses derniers mots, son souci de la France et de son avenir) tandis que la morgue anglaise est bien illustrée par Wellington (victorieux certes mais bigrement antipathique; les Anglais sont d’ailleurs peu présents dans le film). Il y a plusieurs idées de cinéma qui m’ont paru très bien vues: par exemple le chant corse en accompagnement d’Austerlitz (et cela revient trois fois). Il y a avait quelque chose d’insupportable pour les alliés et les nobles d’Europe de voir le ‘petit corse’ les écraser de son génie. Il y a quelque chose de bigger than life dans ce destin exceptionnel et, ma foi, je trouve que Ridley Scott s’en sort plutôt bien: le spectacle est là. Pas un film génial donc, loin de là, ni sans défauts mais qui présente une vision unifiée d’un homme dont petits et grands aspects sont bien montrés. Mais on va encore dire que je suis bon public 😉 … j’assume!
[Une dernière remarque critique: l’écran noir à la fin avec une ou plusieurs affirmations sur le sujet du film, est un vieille technique de cinéma: elle est une clef finale d’interprétation décisive. Ici, elle veut noircir la mémoire de l’homme (alors même que ses guerres furent défensives, ce qui est d’ailleurs dit dans le film) et ne dit rien de ses réalisations (on aurait pu écrire: il fit rédiger le Code Civil, développa les grandes écoles, réforma l’administration, créa le Consistoire, etc., etc.). C’est en outre totalement inutile puisque la dernière scène du film suffisait amplement et qu’il n’était nul besoin de faire semblant de vouloir dire in fine: ‘c’était un mauvais homme’ (alors qu’une fois de plus le film ne le fait pas)]

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