Une série (Apple-Canal+) de Vince Gilligan, avec Rhea Seehorn (excellente), Karolina Wydra, Carlos-Manuel Vesga, en huit épisodes d’environ 42′ (2025). Une seconde saison suivra très probablement. Nous sommes initialement dans notre monde où Carol Sturka, une écrivaine de romans de fantasy pour femmes (populaire mais creux, à ses propres yeux aussi), vit à Albuquerque avec sa ‘femme’ Helen (il y a cette dimension tout du long mais, bon, c’est une série américaine de 2025 donc pas très surprenant). Des scientifiques repèrent un message de l’espace: celui-ci va se révéler un virus qui transforme l’ensemble de la population de la planète en une unique « entité » qui s’exprime désormais en « nous »: les personnes se souviennent de leur nom et de leur place dans une famille mais toutes les individualités ont été comme ‘dissoutes’ dans une conscience unique. Le propre de celle-ci est d’être à la fois bienveillante (elle ne peut nuire volontairement aux humains: on pense à la première loi de la robotique selon Azimov; elle suit aussi d’ailleurs la seconde loi: « un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première Loi »), et incapable de mentir. Seuls 13 individus sur terre ont mystérieusement échappé au virus. Carol est une personnalité farouchement indépendante et rebelle: elle ne peut accepter ce que devient une humanité qui n’a plus que l’apparence de ce que signifie être humain. Mais peut-elle y faire quelque chose? Nous avons une forme de science-fiction métaphysique portée par le charisme de l’actrice principale, inconnue (sauf pour son rôle dans la série Better Call Saul), plutôt désagréable mais in fine attachante. Derrière la situation imaginée,2 plutôt originale et bien tenue tout du long, on nous amène à penser à ce que signifierait une humanité désarmée mais totalement asservie (cela touche à la question classique: mais pourquoi Dieu n’a t-il pas créé des humains incapables de commettre le mal?). Que signifie avoir affaire à une sorte d’IA qui répond à tout, sait tout, mais ne peut en fait ni discerner ni décider librement? L’amour ne signifie t-il pas aimer une personne avec ses défauts et qualités (lorsque Zosia dit « we love him the same as we love you’, on voit le problème d’une espèce d’immense amour vague qui aime tout le monde de manière totalement égal; et que cela est, en réalité, meaningless; en cela, la série peut aider à réfléchir sur le mystère théologique de l’élection…). Il y a d’ailleurs une petite incohérence de caractère vers la fin où Carol semble ‘renoncer’ de façon invraisemblable (vu ce que l’on a vu jusque là) à ses convictions. Mais c’est pour mieux fonder une détermination à agir… Par son atmosphère à la fois familière et dépaysante, le jeu des acteurs et la profondeur des thématiques, c’est une série originale et qui donne à penser…