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Nomadland

Un film de Chloé Zhao avec Frances McDormand, David Strathairn (2021). Tiré d’un livre documentaire, Oscar du meilleur film en 2021 (ainsi que meilleur réalisatrice et meilleur actrice!), ce road-movie, original, quasi documentaire, est porté par une extraordinaire Frances McDormand. De quoi s’agit-il? De plus en plus d’Américains, notamment après la crise de 2008, se sont mis à vivre dans des caravanes, sont devenus des ‘vandwellers’, des gens qui ne sont pas homeless mais houseless, des nomades d’un nouveau genre. Fern est une veuve d’un certain âge dont la ville minière s’éteint (ironiquement dénommée Empire!) et qui, d’abord contrainte de vivre dans sa caravane, va peu à peu apprécier ce genre de vie. Nous allons la suivre dans sa découverte de ce monde de marginaux de tous types vivant au bord de l’Amérique. Ce livre livre un portrait sans concessions de la façon dont ‘le rêve américain’ laisse de nombreuses personnes au bord de la route (retraites très faibles, difficultés de se faire soigner, etc.) et qui ont comme jobs des travaux peu payés (souvent saisonniers) dont pas grand monde ne voudrait (chaîne d’une grand hangar Amazon, récolte de la betterave dans le nord du pays, etc.). Il nous parle aussi de la soif d’une vie plus sobre, plus proche de la nature où les liens humains, notamment la solidarité entre ébranlés, sont élémentaires sans doute mais pas moins forts pour autant. Dans un rythme méditatif, poétique, parfois presque à la Malick, C. Zhao dresse un formidable portrait de femme avec Fern. Il nous parle non seulement des plus pauvres mais aussi des personnes âgées pour qui les souvenirs, la nostalgie pour les moments de bonheur, les petits enfants sont si importants  (sous cet angle, il touchera le pape François pour qui ce thème est si personnel). Mais le plus profond, ce qui reste, c’est sans doute que ce film ruisselle d’humanité: il nous parle des objets qui n’existent pour nous que dans la mesure où ils nous rappellent des personnes aimées.  Il nous parle pudiquement de la force d’un amour conjugal absolu et traversant la mort – il aurait plu à Tertullien – et aussi de l’aspiration à la résurrection: we shall meet again… Métaphysique et tendre, puissant et délicat,  il parlera sans doute davantage à ceux qui ont un certain âge et qui ont des personnes chères dans le cœur qui ne sont plus visibles à leurs yeux de chair mais sa cinématographie lumineuse et humble pourra toucher qui ne recherche pas le divertissement mais l’humanité nue…

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