Calvary

Un film de John Michael McDonagh avec Brendan Gleeson, Chris O’Dowd, Kelly Reilly, Marie-Josée Croze (2014). Dans l’Irlande rurale contemporaine, dans le comté de Sligo et ses paysages austères de bord de mer, un homme se confesse au prêtre du village et annonce qu’il le tuera sous huit jours. Non qu’il soit coupable mais il paiera pour tous les prêtres abuseurs dans l’Eglise dont il a lui-même souffert. Sur ce thème scabreux, et sur le fond des drames que l’Eglise a connus ces dernières années ayant révélé l’ampleur des abus et de leur couverture, il est courageux de s’attaquer par le biais de ce que porte un prêtre ordinaire; humain assurément, ordinaire peut-être mais atypique car il a une fille ayant été marié avant de devenir prêtre après son veuvage: cela rend son dilemme plus prenant encore. Nous le voyons être un authentique pasteur, proche de chacun en une succession de rencontres, certes en partie exceptionnelles et rares (le serial killer, l’écrivain âgé, le dépressif, la femme fatale, etc.) mais où son écoute réelle et sa dignité honnête ne manquent pas de toucher. En un sens, ce film est à l’église latine ce que « l’Île » est à la spiritualité orthodoxe russe: Un homme de foi se tient au milieu des pécheurs – en se sachant l’un d’eux – et se refuse à désespérer (les premiers mots du film sont ‘do no despair » tirés d’une citation d’Augustin. Le scénario, digne d’une bonne pièce de théâtre, est ambitieux (mêlant la question de Dieu, du mal, de la foi, du pardon, des abus, de l’authentique paternité, etc.) intelligent (parfois un poil trop) et sharp (comme est sharp le Père James). C’est impressionnant de voir une société qui fut tant marqué par le sacerdoce catholique témoigner d’un mélange de proximité et de mépris allant jusqu’à la haine pour la figure du prêtre (à ce propos on peut émettre une réserve à propos des deux autres prêtres, l’évêque et le vicaire, vraiment peu crédibles). Father James incarne au fond la figure christique qui accompagne chacun, « se tient en enfer et en désespère pas » (comme disait St Silouane du Mont Athos) – Attention SPOILER: ne pas lire ce qui suit si on n’a pas vu le film – L’ensemble ressemble au final à une Passion, une semaine sainte. La dernière tentation survient et c’est au moment où il va fuir que le témoignage admirable de foi et de courage d’une jeune veuve française, lui donne la force comme la pauvre veuve du Temple avec Jésus de ne pas reculer et d’affronter la grande épreuve en donnant sa vie. Le film est rude certes mais nullement cynique. Il décrit comme rarement le labeur d’un pasteur et le sens ultime de la foi chrétienne: Oui, « no one is a lost cause’ ; pardonner et donner sa vie ont du sens. A tout moment et à tout âge.

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