Un film de Cristian Mungiu avec Sebastian Stan et Renate Reinsve (tous deux remarquables). Le scénario tient en une ligne: une famille roumano-norvégienne, de confession évangélique, déménage en Norvège dans une localité reculée en bord de mer. Ils ont cinq enfants: deux adolescents, deux petits et un nourrisson. Suite à l’observation de bleus sur le cou de l’aînée par une enseignante, le puissant système norvégien de protection de l’enfance se met en place et une bataille juridique s’engage pour savoir si ce couple peut élever ses enfants ou pas. De très nombreux thèmes de nos sociétés contemporaines sont évoqués: la laïcité plus ou moins respectueuse, l’accueil d’étrangers toujours supposés ne pas « vouloir s’assimiler » assez, l’homosexualité (non reconnue dans l’église libre locale mais valorisée en Norvège où une petite fille de CE2 peut se dire lesbienne; sur ce point la relation Elia-Noora est intéressante en ce que Elia ne s’oppose pas à l’affection de Noora alors même qu’elle doit se douter de sa nature mais ne l’encourage jamais; dans l’ensemble, Elia se montre extrêmement mûre et adulte pour son âge tout en étant courageuse et honnête envers ses parents comme envers son amie). Le choix du réalisateur est de ne pas faire un film à charge mais de montrer les angles morts des deux visions du monde (comment des cercles ultraconservateurs essayent sans vergogne de récupérer le combat des parents d’un côté, comment le sens de supériorité morale des éducateurs de l’Aide à l’enfance est d’un incroyable mépris pour ces parents de l’autre). J’ai aimé l’extrême sobriété du jeu des deux acteurs principaux qui ont un amour conjugal profond mais très pudique et discret, fait de compromis subtilement négociés presque sans mots et de petits gestes délicats. Pour beaucoup dans une société ultra-sécularisée comme la Norvège, des croyants engagés apparaissent comme dérangeants, suspects, presque sectaires (alors même qu’ils sont bien insérés dans le village et la société, la maman travaillant dans un hôpital) et il devient de plus en plus difficile d’accepter des opinions différentes (par exemple sur l’homosexualité) même lorsqu’elles sont discrètes. La fin est ouverte mais pas vraiment rassurante non plus. Un film intelligent, non manichéen, sur des sujets majeurs et superbement interprété…