Le 23 février 1981, des soldats armés prenaient le contrôle du parlement espagnol et l’on voyait un lieutenant colonel hurler sur des députés terrifiés se jetant sous leur siège. Trois hommes n’eurent, apparemment, pas peur: le président du conseil Adolfo Suárez, un général en retraite mais bras droit de Suárez, Manuel Gutiérrez Mellado et le secrétaire du PC, Santiago Carrillo. Cercas s’est documenté des années et son projet a peu à peu changé. Il a voulu, en tant qu’écrivain, comprendre du mieux possible ce moment si particulier de l’histoire espagnole. Il reconstitue d’une façon qu’un historien envierait je pense, le climat politique et social de l’Espagne d’alors. Il éclaire la vie et le destin des personnages clefs de ce moment. Il nous les fait saisir de l’intérieur. Le coup – qui devait être un coup d’état froid, avec une partie de la gauche, et du propre parti de Suárez, plus que prêts à accueillir un gouvernement de Salut national sous la direction du général Armada, ancien secrétaire du Roi-, aurait pu réussir, malgré des défauts évidents. Mais l’histoire a basculé. Remarquable ouvrage, d’une rare intelligence humaine et historique, et porté par le style efficace de Cercas (sa façon de répéter de temps à autre une même phrase sur les personnages est puissamment efficace).